Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin

« Mais comment vous faites avec la misère ? » « C’est rien, parfois on sait pas pourquoi, mais tout s’illumine. »
Je vais vous parler d’un film qui m’a ébloui, et par lequel il est bon de se laisser éblouir. Les premiers instants, des tas de réflexions me sont venues à l’esprit : « Mais à quel moment il va se décider à appeler le parquet ? », « Alors lui, il part auditionner des suspects en civil… », « N’importe quoi, mais il ne respecte aucune règle de procédure !», « Et vas-y que je te salisse la scène de crime », et j’en passe…Mais on se laisse rapidement désarmer par la beauté du film, et l’on a vite fait d’accepter l’œuvre pour ce qu’elle est : de l’art et non un code de procédure pénale.

Lumineuse. Roubaix, un soir de Noël est lumineuse. La lumière de ses lampadaires, la lumière des flammes qui lèchent une carcasse de voiture, la lumière des gyrophares. Le jour, celui du ciel, on le voit peu, mais la lumière est omniprésente dans ce long métrage : celle que l’on voit immédiatement à l’écran, et celle que chacun des personnages nous montre, à sa manière. Lorsque l’on choisit de voir Roubaix, on suit le commissaire de police Daoud dans son quotidien, celui des petits délits et des grands crimes, celui des êtres humains. Celui de la misère aussi, celle d’une ville qui n’a pas réussi à retrouver la grandeur de son passé industriel, celle de ses habitants, celle du taudis où vivent Marie et Claude, les meurtrières. Or, le coup de maître de ce film est de parvenir à ce que jamais cette misère ne paraisse…Miséreuse. De la misère, le film en tire une lumière, une beauté, un superbe portrait de ville.

Magistral. Magistral est Roschdy Zem dans le rôle du commissaire Daoud. Le film semble avoir été tissé autour de ce personnage, quasi christique, amoureux de sa ville, et de ses habitants. On suit ainsi un homme empreint d’une autorité naturelle, à la voix chaude, qui ne manque jamais d’empathie, et que l’on devine cruellement seul, mais jamais triste. Le trait n’est jamais forcé, et le film, très poétique, accompagné de musique, se déroule à la manière d’un conte.

Autour du commissaire Daoud gravitent plusieurs personnages. Les personnages d’hommes apparaissent secondaires ; il y a bien le jeune Lieutenant Louis, écartelé entre sacerdoce religieux et dévouement professionnel, mais sa position trop ambiguë nous perd, et le personnage manque de crédibilité (scène de la confrontation). Deux femmes en revanche tirent leur épingle du jeu : Claude et Marie, les meurtrières. Liées par leur amour, et par leur marginalité, Claude et Marie vont sceller leur destin à l’acte homicide. On voit alors la personnalité de chacune se dessiner en cours de garde à vue, l’une cherchant à tout prix à sauver sa peau et à préserver son fils, au détriment de l’autre, éperdument amoureuse. La scène de la reconstitution les verra se rapprocher, dans la douleur.

Roubaix, une lumière, est une réelle poésie dont on ressort émerveillé et comme empreint de sérénité.

Doria MAUSSIN