Elle l’a bien cherché, de Laetitia Ohnona

20190810_170137Les violences conjugales sont un objet de réflexion pour le jeune magistrat. On nous en a parlé à l’école et les chargés de formation ont même diffusé Jusqu’à la garde. C’est une des préoccupations de Madame la procureure. On a vu les téléphones graves dangers, les stages pour les auteurs, les suivis particulièrement resserrés chez le juge de l’application des peines. On a connu aussi les ordonnances de protection qui se font rares, des femmes qui disent être victimes et qui n’en apportent pas la preuve, des auteurs qui récidivent. Qu’en est-il des autres violences dont les femmes sont les principales victimes : les violences à caractère sexuel ? Quels obstacles dans leur parcours judiciaire ? Quels dispositifs pour les aider ?

Elle l’a bien cherché (Arte replay, disponible jusqu’en 2021) aborde ses questions sous la forme d’un documentaire.

Dans une première partie, on suit trois affaires au stade de l’enquête ou de l’instruction : une mineure qui dénonce un viol commis par le compagnon de sa tante, une femme d’une cinquantaine d’année victime d’une tentative de viol par un homme qu’elle a pris à bord de son véhicule, une jeune femme qui se souvient partiellement d’un rapport auquel elle n’a pas pu consentir en raison d’une forte alcoolisation.

Côté victime, on voit l’importance de se rendre au commissariat le plus rapidement possible mais aussi l’accompagnement vers l’unité médico-judiciaire et les associations de victimes.

Le policier essaie de ne pas heurter la jeune fille venue déposer plainte. Il lui demande « Est ce que vous avez une attirance pour ce garçon ? » Et précise tout de suite « nous c’est à charge et à décharge, on est obligés de poser des questions qui fâchent également ». À l’unité médico judiciaire, moins de précautions de langage et d’explications. « si vous pensez qu’il s’est passé quelque chose, c’est seulement au niveau vaginal ? » demande le médecin. La journaliste indique qu’en 48h, la mineure a déjà répété cinq fois son histoire.

À de nombreuses reprises, les professionnels essaient de déculpabiliser les victimes. La première indique au policier qu’elle dépose plainte pour prouver son innocence, la deuxième déclare aux médecins qu’elle pense constamment à ce qu’elle aurait pu changer dans son comportement et ses habitudes pour éviter d’être violée. On leur répète, elles n’ont rien fait. La journaliste explique que ce sentiment est généralisé et spécifique à ce type d’infraction.

Passé le premier examen, les victimes font également l’objet d’un suivi concernant les maladies auxquelles elles ont pu être exposées. Le médecin explique qu’il existe une possibilité de faire un test sur l’auteur arrêté et de l’en informer. Des entretiens avec psychiatres pour évaluer le stress post traumatique sont également filmés.

Côté auteur, on assiste à une autre manière de s’exprimer. Un des policiers déclare d’emblée « on se tutoie, c’est plus simple ». Quand le mis en cause lui dit qu’il n’est pas un violeur, il lui répond « tu as picolé, tu as peut être déconné! »

Les deux policiers se donnent leur avis tout au long de l’enquête : est ce qu’il l’a fait ou pas ? Celui qui a pris le dépôt de plainte doutait de la véracité des dires de la mineure lorsqu’il l’a entendue la première fois. Il a été convaincu par la présence de sperme dans le vagin de la victime. Le deuxième est partagé, le mis en cause lui a fait bon effet lors de la confrontation.

Dans une seconde partie, la journaliste accompagne l’avocate d’une partie civile au cours d’un procès d’assises. On entend un extrait de la plaidoirie, répétée la veille par le conseil. La peine enfin : cinq ans dont quatre avec sursis pour un viol reconnu.

Après quatre années de procédure, la victime se dit soulagée. Elle déclare avoir été particulièrement heurtée par les changements de version de son agresseur. La journaliste précise que la partie ferme de la peine a été aménagée sous la forme d’un placement sous bracelet électronique et que le condamné l’effectue à trois rues du domicile de la victime. C’est l’aboutissement d’un processus qui aura été jusqu’au bout lent et douloureux.

Esteban