Juges en Corse – Jean-Michel Verne

Editions Robert Laffont – janvier 2019

Juges en Corse : un ouvrage au titre accrocheur qui sonne comme une promesse : en le lisant, vous saurez ce que c’est d’être juge en Corse. L’accroche s’affiche sur la première de couverture « Neuf magistrats témoignent sur l’emprise mafieuse et les ambiguïtés de l’Etat », et ponctue le livre, construit comme un journal où se succèdent les témoignages de magistrats, écrits à la première personne. Chacun est pourvu de son qualificatif : «le tenace », « l’intransigeant », « le nettoyeur ».. . En refermant ce livre, la promesse n’est toutefois pas pleinement exaucée… et la lecture laisse une impression mitigée.

En termes de représentation de la justice tout d’abord. Avec le vocable « juge », on s’attendait à une fresque incluant autant les magistrats du siège, que ceux du parquet. Pour une raison purement sémantique tout d’abord, mais aussi parce que l’on connait l’importance que revêt le contentieux civil en Corse, et notamment tout ce qui concerne la famille et la propriété foncière. Jean-Michel VERNE a fait le choix de privilégier les fonctions pénales, et particulièrement le parquet et ses relations avec les services d’enquête. Autre déception, et non des moindres, l’absence de portrait de femme, alors qu’elles représentent plus de 70% du corps de la magistrature.

Ces effets de style n’altèrent toutefois pas de façon significative le contenu de l’ouvrage et son propos. La forme du « journal intime » permet une ouverture à tout type de lecteur, initié à la chose Corse comme profane, professionnel de la justice ou non, de se glisser dans le quotidien du magistrat exerçant en Corse. Un quotidien où la défense des valeurs républicaines et la préservation de l’ordre public peuvent devenir un combat, un combat dangereux.

L’ouvrage de Jean-Michel VERNE permet, par ce dialogue à plusieurs voix, d’envisager le sujet sous tous ses aspects : délinquanciel, sociologique, et institutionnel. Il détaille sans complaisance les failles et les aberrations du fonctionnement des services de l’Etat en Corse, auxquels se heurtent bien souvent les magistrats qui y exercent.

La dimension intime n’est pas en reste. « Juges en Corse » est ainsi jalonné de réflexions sur les expériences personnelles et familiales de chacun des magistrats, les précautions prises, le rapport aux insulaires, la compréhension des codes, les liens qui se créent. C’est alors toute l’humanité de la personne derrière la robe qui transparait ; ses interrogations, ses doutes, son positionnement dans un contexte régional particulier.

En résumé, il s’agit d’un livre à prendre comme il s’annonce, accessible à tous, plaisant à lire, et riche de contenu. Ni ouvrage universitaire, ni œuvre de pure fiction, « Juges en Corse » constitue une bonne première approche du sujet.

Doria MAUSSIN